vendredi 3 janvier 2014

Cul-de-sac

Accrochez-vous, ça risque d'être le plus long billet au monde...

Quand je suis déménagée aux États-Unis, j'ai été surprise de découvrir le nombre de mots français que les anglophones utilisent. Incluant "cul-de-sac". Ça m'a d'ailleurs pris du temps avant de catcher que c'est bien ce mot qu'ils prononçaient. Parce qu'ils le disent pas comme il faut, les anglos. Ils disent plutôt "côldesac", d'un trait, en insistant bien sur "côl". Sans savoir ce que ça signifie vraiment... ni d'où ça vient.

En ce moment, je me sens comme dans un côldesac, les amis. Côté écriture. Ben oui, je vais encore radoter là-dessus, non mais tsé c'est MON blogue hein, j'en fais ce que je veux! PFF. Bref, je suis dans un côldesac. Ou en remise en question, ça dépend des jours.

C'est drôle, parce qu'à chaque fois que je dis que je vais me remettre à écrire plus souvent, je le fais pas. D'ailleurs, c’est souvent la phrase qui sonne le glas de mes blogues. Certains d'entre vous le savent : c'est pas mon premier blogue, oh non. Je suis une vétérante du blogage (c'est drôle, ça sonne comme "blocage", ça tombe bien). Moi, je bloguais quand c'était encore cool, bloguer. Tsé, en l'an 2000 là? Et je bloguais encore quand c'était pu cool pan toute. Je bloguais avec des noms emo comme Hopeless Dreams, puis Endlessness. Et quand j'atteignais une période creuse qui n'en finissait pu de creuser, je fermais le blogue et j'en partais un autre. Je dis ça comme si je l'ai fait 30 000 fois, mais en fait, j'en ai eu juste 3, des blogues. Incluant celui-ci. Reste que c'est vrai pareil : quand je perds le goût, je finis par en ouvrir un autre. J'étais en train de me dire que je devrais fermer Éclats Urbains et recommencer encore une fois.

Vous le savez peut-être pas, mais mon idée de départ pour Éclats Urbains, c'était d'inventer un personnage et de raconter des affaires qui me sont pas arrivées pour de vrai. Parce que bon, ma vie manque pas mal de rebondissements, disons. J'ai pas grand-chose d'intéressant à raconter. J'ai pu 20 ans faut croire! Mais j'ai pas été capable de le faire. Quand je me suis rendu compte qu'on me lisait, je me suis sentie mal de mentir. Alors j'ai pas menti. J'ai raconté juste des vraies affaires. Je suis honnête de même, faut croire! Je peux pas mentir aux Internets. Reste que ça serait un blogue pas mal plus intéressant si je me permettais de mentir... non?

Côldesac et remises en question, en effet. Je disais l'autre jour à mon amie (ALLÔ SOPHY) que j’étais bloquée côté écriture, en partie à cause du français qui me vient moins facilement et de l’anglais qui prend trop place, mais aussi parce que je suis terrorisée à l'idée de glisser des anglicismes sans le vouloir, de mal utiliser les mots, comme certains francos assimilés après quelques années passées dans les pays du speak English. J'en ai rencontré, des assimilés. Avec des accents quand ils essaient de parler leur français plein de poussière, leur langue maternelle reniée. Terrifiant. Surtout que je me suis toujours définie par rapport à la langue française. J'étais "destinée" à l'écriture. Dans ma tête en tout cas. À l’écriture en français, je souligne.

Mon amie (HEY SOPHY RE-ALLÔ) m'a encouragée à laisser l'anglais s'infiltrer dans mon écriture. Elle m’a fait remarquer que c'était peut-être ma nouvelle voix, mon nouveau moi. Parce que c'est ma nouvelle réalité. Étrangement, mon frère (ALLÔ NICO) m'a également écrit un petit message très très similaire après avoir lu mon billet sur NaNoWriMo à ce sujet. Encore plus étrange, j'étais justement en train de me demander si  mon blocage ne proviendrait pas des bâtons linguistiques que je me mets dans les roues (perspicacité +1). En ayant si peur de mal utiliser les mots, de frangliser, je m'empêche de créer des nouvelles images. J'utilise des tournures de phrases toutes faites parce que y'a pas de danger. Mais c'est plate, une écriture toute faite. C'est pas moi. C'est pas le fun.

J'ai déjà publié un billet partageant ma haine de la nouvelle mode franglais, où les gens écrivent ou disent des phrases mi-anglaises, mi-françaises. "Enjoy ta journée", et tout ça. Je me demande si ma rage ne vient pas plutôt de ma propre peur d'être assimilée. Du fait que je me suis accrochée à la langue française avec un tel zèle que je suis devenue puriste. Quelle horreur. Peut-être qu'il faut que je revoie ma position sur la question. Peut-être que je devrais accepter l'évolution de la langue et me laisser porter par le courant. Par mon courant, en fait, qui est différent de celui du Québec, maintenant que je n'y vis plus. Laisser aller, c'est ce qu'on nous dit tout le temps, surtout pour les résolutions du Nouvel An. Je ne fais jamais de résolution, mais je peux quand même laisser aller, non?

Qu’est-ce que j’aime, au fond? La langue française, ou l’écriture? Est-ce que ce serait même si grave si j’écrivais en anglais seulement, mettons que je devenais assez bonne pour le faire? J’ai tellement longtemps considéré les deux comme étant une seule passion, maintenant que je réalise que ce sont deux entités différentes et que je suis un peu forcée de choisir un bord, je ne sais plus trop de quel côté je me retrouve.

Côldesac.

En faisant le ménage de ma garde-robe, j’ai trouvé un de mes nombreux journaux dans lesquels j'écrivais des textes à la main, que je tapais ensuite sur mon blogue emo, puis sur mon blogue légèrement moins emo mais emo quand même. J'y collais aussi des courriels ou des trucs importants qui se passaient dans ma vie. J'ai ouvert une page au hasard, et je suis tombée sur un courriel de mon prof de poésie du cégep. Il m'avait encouragée à créer un recueil et à l'envoyer aux Éditions du Noroît. Il voulait que j'y laisse ma marque, pour plus tard. Il espérait que l'éditeur en chef, qu'il connaissait, aurait du temps à me consacrer pour travailler avec moi sur mon manuscrit. Dans le courriel en question, mon prof de poésie m'expliquait que mon manuscrit avait été refusé (chose tout à fait compréhensible, puisque mon manuscrit était très loin d'être parfait) et que l'éditeur en chef n'avait malheureusement pas le temps de le retravailler avec moi pour cause de coupures budgétaires et de réduction de personnel. Il me disait que j'avais tout de même laissé ma marque, et qu'il était certain que je publierais un jour, tout en ajoutant que les autres professeurs du département partageaient son opinion. Cette année-là, ma dernière année de cégep, j'ai gagné la bourse Clarisse-Tremblay, bourse remise à celui ou celle qui se distingue dans le milieu de la création littéraire. Tout ça pour dire que... (même si on dirait que j'essaie de me vanter, j'ai vraiment quelque chose à dire en rapport avec ça) je me sens mal quand je repense à tout ça. Probablement qu'aucun de ces professeurs ne se souvient vraiment de moi, mais je me sens quand même coupable d'avoir reçu leur aide, leurs encouragements, leurs compliments, d'avoir même été lauréate de cette bourse en littérature, choisie par tous ces professeurs passionnés par leur job, et finalement de n'avoir rien fait avec. Nada.

Je n'ai même pas un roman d'écrit. Un véritable recueil de monté. Je n'ai même pas essuyé de refus des maisons d'édition, parce que je n'ai jamais rien envoyé. Jamais rien fini.

Je sais que je ne dois rien à personne, mais en même temps, ce ne sont pas que les professeurs, les amis et ma famille que j'ai un peu "laissé tomber" en arrêtant d'écrire. C'est moi que j'ai laissé tomber. Depuis quelques mois, j'envisage sérieusement l'idée d'abandonner. Parce que ça me cause une bonne dose d'angoisse et de tristesse, tout ça. Le blocage que j'ai, l'impression d'avoir perdu ma plume, de n'avoir rien à écrire. Peut-être que je devrais me trouver une autre passion, puisque l'écriture ne semble plus être une véritable passion.

Je pense souvent à cet extrait de Lettres à un jeune poète de Rilke :

Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-mêmes : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : "Suis-je vraiment contraint d'écrire?" Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité.

C'était le cas, avant. Mais maintenant, c'est devenu une tâche, un obstacle à surmonter. Des fois, j'ai des idées pour écrire, j'ai même un soupçon d'inspiration, comme jadis, mais l'idée de devoir m'installer à l'ordi pour écrire me fatigue et je laisse passer. C'est con, je sais. Maudite fatigue qui ne me lâche pas...

Et pourtant, j'y reviens constamment. Je tourne autour, je reste ancrée sur l'idée que c'est ça que je veux le plus au monde, écrire un roman dont je serais fière. Est-ce que je m'accroche à quelque chose qui est déjà mort? Ou si c'est tatoué sur mon être, et que je suis juste dans une longue, longue, longue période d'angoisse de la page blanche, ou d'angoisse littéraire tout court?

Remise en question donc. Côldesac, un peu. Je fais un u-turn, je décrisse mes barrières, je laisse glisser l'English sur ma langue, j'ouvre grand mon cerveau à la vie et je laisse aller? Je sais plus.

Désolée pour le méga-giga billet sinueux-emo. Bienvenue dans ma tête.

Préparez-vous du popcorn, l'année risque d'être intéressante! Ou juste légèrement plate, comme les autres d'avant, c'est selon.

Merci à ceux qui ont lu jusqu'au bout. <3

9 commentaires:

Lora Zepam a dit...

*_*
Je t'aime.

J'ai-tu le droit de te dire ça comme ça, ici?


Emo Zepam xx

La citadine a dit...

Voui, parce que je t'aime aussi! <3

L'impulsive montréalaise a dit...

Pourquoi nous remercier d'être allés jusqu'au bout ? Pourquoi être désolée de ce long billet ?

Je ne partage pas toutes tes angoisses face à l'écriture. Mais j'en partage quelques-unes. Et j'ai aussi les miennes.

Et en lisant ça, je me suis dit : Maudit que j'aimerais lui jaser à cette fille-la ? La fatigue, les rêves dont on ne sait plus s'ils sont des rêves ou s'ils sont morts... Tu n'es pas seule.

La citadine a dit...

Merci L'impulsive. On va s'en sortir! On lâche pas! :)

Anne a dit...

Fais toi confiance et ne cherche pas la perfection xxx

Anne a dit...

Fais toi confiance et ne cherche pas la perfection xoxox

Marie a dit...

Mon Dieu que ton "Côldesac" me rejoint ce matin ! À preuve, ce billet que j'ai écrit tout juste avant de venir te lire !! http://www.chroniquesdunecinglee.com/avoir-le-janvier-beige/

Ça fait peur n'est-ce pas ? Mais du coup, ça me rassure ! Nous sommes au moins deux à nous trouver dans un Côldesac :-) Et j'avoue que tu m'as bien fait rire avec tes histoires de blogues que tu fermes et ouvre, lorsque tu atteint le fond :-) Ayant moi-même tenté d'en ouvrir deux pendant le temps des fêtes !! Un peu comme une tantative de fuir dans un autre pays, en me faisant teindre en blonde, un peu comme Édith Piaf l'aurait fait !!

Alors voilà, un petit (mais un peu long) commentaire pour te dire que tu n'es pas seule et que même dans le fond du baril, il arrive que se retrouve en foule :-))

Bonne journée à toi ! Et dis toi que le printemps finira par revenir :-)

Marie xx

Anne Jutras a dit...

Coucou Citadine!

Je t'ai lu jusqu'au bout, parce que un, j'adore ton style d'écriture et deux, tu as du talent. Évidemment, le talent n'est pas tout, il faut la volontés et la constance.

Ton billet me rejoins à certains égards, moi aussi, j'ai déjà écrit (j'ai même eu la chance d'être publiée, yééé!), mais la passion de l'écriture m'a abandonné, ou est-ce moi qui l'ait abandonné? Toujours es-t-il que j'ai passé à autre chose, mais ça me trotte toujours en tête...

Dans ton cas, si tu veux faire renaître ta passion, il n'y a pas dix solutions, tu dois t'y mettre. Un peu tous les jours. Jusqu'à ce que le côldesac ne soit plus un impasse, mais une destination.

As-tu lu la biographie de Steven King? http://www.amazon.ca/ECRITURE-MEMOIRES-METIER-Stephen-King/dp/2226126708

Il y donne des conseils intéressants. Une excellent lecture.

Ne lâche pas.
Bisous, Anne xx

La citadine a dit...

Merci beaucoup de tes encouragements Anne! Je concocte en ce moment un petit défi solo pour m'y remettre de manière plus régulière.

Je prends note de la biographie de Stephen King! Ça pourra peut-être me prouver que ce que je vie est "normal" pour un auteur? ;)