mardi 10 septembre 2013

Arbre à chat

Il y a deux mois, mon copain et moi avons changé notre vieux matelas pour un tout neuf et plus confortable. Ce qui veut dire que ledit vieux matelas a pris racine, accoté au mur de la chambre et fait maintenant presque partie du décor. Presque, parce qu'il prend tellement de place que j'ai de la misère à ouvrir la porte de ma garde-robe.

Par contre, c'est un très grand avantage pour ma chatte Nova, qui a découvert les joies des hauteurs.



J'ai toujours cru qu'elle était un chat du type « sol », puisqu'elle n'a jamais sauté sur les comptoirs ou cherché à grimper le plus haut possible telle une chèvre des montagnes. Je me suis trompée, apparemment. Elle attendait simplement un accessoire de grimpage dans lequel elle pourrait plonger ses petites griffes vierges de chatte d'intérieur.

Je me suis donc mis dans la tête de lui trouver un arbre à chat, question de lui offrir autre chose sur lequel se dandiner tout en nous regardant de haut, nous, méprisables serviteurs de sa Majesté féline, quand viendra le jour où nous nous déciderons enfin à nous débarrasser du vieux matelas.

Sauf que trouver un arbre à chat qui ne prend pas la place d'un éléphant obèse ou qui ne ressemble pas à une carcasse de zèbre, tout en étant d'une bonne hauteur, s'est révélé être un défi colossal.




Et puisque Nova semble aimer grimper sur une surface verticale plutôt que de sauter de tablette en tablette, j'ai été déçue de ne pas trouver d'arbre à chat avec une sorte de rampe perpendiculaire qui ressemblerait un peu plus à la surface qu'elle aime tant du vieux matelas.

Après quelques recherches dans les fins fonds obscurs d'Internet, j'ai finalement trouvé quelque chose de très intéressant. Stylisé, élégant, muni d'une rampe... Une construction IDÉALE pour Nova! Sauf que c'est un produit de Corée du Sud. Et qu'ils refusent de livrer aux États-Unis. En plus de coûter trois bras et deux jambes.

Déception.

Les Sud-Coréens : maîtres incontestés des arbres à chat.

Mais puisque j'ai la tête très très dure (demandez à ma mère), j'ai réussi à convaincre mon copain de m'aider à construire une version plus simple du produit sud-coréen.

J'ai donc dessiné un plan de ce que je voulais. Plusieurs fois. En simplifiant de plus en plus à mesure. (Par chance.)

Plan 1

Plan 2

Plan 3 (final)


Puis, nous avons acheté les matériaux nécessaires. Notez bien le « 60 $ » au bas du plan ci-dessus. Je me suis royalement trompée. Je ne savais pas que le prix du bois indiqué sur le site Internet comptait pour un pied seulement. Finalement, ça nous a coûté au total 150 $, incluant certains outils qu'il nous manquait. Ouch.

Matériaux sciés, sablés, prêts pour le projet.

Enfin, nous avons mis à l'épreuve nos talents de menuisier. Talents que nous ne possédons pas du tout.

Mais vraiment pas.

Le bordel.

Première tablette de vissée.

Une vraie pub de Black & Decker.

On lâche pas!

La base est presque terminée.

J'ai découvert plusieurs choses en cours de route :

1. Visser une vis nécessite beaucoup plus d'étapes que je ne l'imaginais. Dans ma tête, c'était 1) calculer où se trouvera la vis sur la planche, 2) enligner la vis, 3) visser. Apparemment, il faut percer un trou pilote, percer un autre trou plus gros, ET ENSUITE visser la vis en essayant de la faire entrer le plus droit possible. Ou en tout cas, c'est la méthode de mon copain. Et il y tenait.

2. Scier du bois sans scie mécanique, c'est vraiment de la merde.

3. Si tu fais couper ton bois au Home Depot, attends-toi à ce que ce soit tout croche. Et pas à quelques mm seulement. Nenon. Du genre tellement croche que tu vas devoir tout recouper toi-même avec ta scie à main.

4. Une seule planche un peu croche peut anéantir toute la stabilité de ta construction, et tu n'y pourras pas grand-chose rendu là.

5. Je ne suis vraiment pas faite pour être menuisière.

La structure de base terminée, qui tient debout, même si elle est un peu croche et très instable :

Au moins, elle tient debout!
Je suis quand même fière de m'être occupée toute seule de la rampe. Vu que je n'avais pas assez de muscles pour scier le bois à la main, et aucun talent pour visser tout droit, c'est mon copain qui a fait tout le reste. Sauf sabler. HAH! Je suis la reine du sablage.

La rampe recouverte de coton.

Nova qui m'offre son aide (tellement pas).

Dernière couche de tapis prête à être collée.

Approuvé par Nova.


On est quand même parvenu à faire quelque chose de potable, mais il va falloir visser le tout au mur, parce que côté stabilité, c'est pas trop fort.

Produit fini.
J'ai peut-être un peu exagéré sur l'angle de la rampe. J'ai donc mis une boîte à la base pour le moment, question d'encourager Nova à grimper. En espérant qu'avec le temps, je pourrai la convaincre de se donner à fond pour monter complètement à la verticale.

Elle semble apprécier pour le moment, au moins. Faudra quand même que je trouve un moyen de rehausser la déco de tout ça, c'est un peu trop dépouillé à mon goût.

J'ai le don de m'embarquer dans des projets en pensant que ce sera simple comme tout. Je me trompe tout le temps, mais je ne me dompte pas. Faut dire que j'aime ça, les projets de ce genre.

Mais à l'avenir, je vais m'en tenir aux projets de petite envergure...

mardi 3 septembre 2013

Les ombres du passé

Je me suis assise à côté d'un vieux monsieur à la pharmacie. J'attendais ma prescription, qui prendrait 15 à 20 minutes, selon le préposé.

D'habitude, quand je m'assois près de quelqu'un d'autre dans la « salle d'attente » (alias la rangée de bancs du fond à côté des lunettes de lecture), personne ne se regarde ou ne se parle. C'est à peine si on se sourit. Mais d'habitude, ce sont des gens de mon âge ou dans la quarantaine qui patientent sur les bancs quand j'y suis. Cette fois, c'était un sympathique octogénaire qui m'a tout de suite dit bonjour.

On a jasé pendant près d'une demi-heure. Il m'a parlé de sa petite-fille qui a étudié en politique et en commerce à UCLA. De son fils, PDG d'une compagnie. Une famille d'affaires, quoi! On a parlé de sa femme qui était en train de « dépenser tout leur argent », m'a-t-il dit pince-sans-rire, raison pour laquelle il attendait sur le banc.

De fil en aiguille, j'en ai appris un peu plus sur ses origines hispaniques, sa famille, son quotidien, le tout ponctué de blagues et de rires.

Puis, après un petit silence, il m'a annoncé qu'il avait 15 ans quand la bombe atomique est tombée sur Hiroshima. Comme ça. Sans relation avec la discussion que nous avions auparavant. Il a enchaîné en disant qu'il avait « gagné la loto de la conscription » et avait passé 21 mois au Viêt Nam. Et que c'était un moment horrible de sa vie.

C'est là que j'ai réalisé que ces affreuses guerres d'avant, bien qu'elles me semblent circonscrites à un passé très très lointain, quasi médiéval tant j'ai de la difficulté à les lier au monde d'aujourd'hui, ne sont pas si vieilles que ça. À mes côtés se tenait un homme ayant vécu à la fois la Deuxième Guerre mondiale et la guerre du Viêt Nam au tout début de sa vie.

Je l'ai imaginé à 15 ans, horrifié en apprenant ce qui venait de se passer à Hiroshima et Nagasaki, baignant encore dans l'atmosphère pesante et angoissante de la Deuxième Guerre mondiale. Et encore à 24 ans, une arme dans les mains, entouré d'horreurs et forcé de les perpétrer.

J'avais devant moi un homme si profondément atteint par ces expériences qu'il en parle probablement à tous ceux qu'il rencontre. Pas par fierté ou pour susciter la pitié, mais pour partager ce lourd fardeau. Disséminer la douleur ici et là, comme on draine une vilaine plaie, jusqu'à ce que la pression s'estompe et la brûlure s'endorme. Mais aussi pour garder en vie dans la mémoire des gens ces événements désastreux qui changent la face du monde, tordent le masque de l'humanité jusqu'à ne plus la reconnaître. Pour que jamais ça ne se reproduise. Pour ne pas que l'on oublie. Parce que lui ne l'a jamais oublié.

Ce fut le seul sujet lourd de la discussion. Une ombre sur une prairie ensoleillée. Il s'est moqué un peu du temps que prenait sa femme pour magasiner, dans l'espoir de secouer la tristesse barbouillée sur nos visages. J'étais un peu soulagée, mais en même temps, j'aurais voulu lui poser mille questions. Mille questions qui ne se posent peut-être pas à un ancien combattant. Ou peut-être que oui. Dans le doute, je me suis abstenue.

Nous nous sommes présentés officiellement juste avant de partir. J'ai eu envie de lui demander d'être mon grand-père adoptif. Peut-être que ça se demande, ça?